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Portrait d'Olivier J. Bergeron – vice-président marketing de performance et science des données

31 juillet 2026

Comptable de formation, entrepreneur dans l'âme et passionné par les innovations marketing, Olivier J. Bergeron a cofondé Click & Mortar en 2016 pour exploiter le plein potentiel numérique des entreprises d'ici. En l'espace d'une petite décennie, la firme née dans un condo de Saint-Michel s'est hissée parmi les références québécoises en marketing de performance, avant de fusionner avec Tink en 2025 pour proposer une offre numérique complète et consolidée à nos fleurons.

Nous l'avons rencontré pour en savoir plus long sur son parcours, ses ambitions et sa vision du marketing numérique au cours des prochaines années.

Dans un premier temps, pourrais-tu nous raconter ce qui t'a donné la piqûre du marketing de performance? Qu'est-ce qui t'a donné envie d'aller dans ce domaine-là et d'en faire une carrière?

C'est quand même une histoire peu orthodoxe. J'étais un comptable qui a défroqué de la profession pour vendre des croissants sur Internet et les livrer chez les gens, à la manière d'un laitier. C'était ma première entreprise quand je suis sorti de l'école; c'était du génie marketing, mais un enfer logistique. C'est via ce véhicule-là que j'ai fait mes premières publicités en ligne et que j'ai réalisé la force et l'importance que cette composante avait pour une entreprise. C'est vraiment ça qui m'a donné la piqûre.

Si je comprends bien, c'est l'entrepreneuriat qui t'a attiré en premier, avant le marketing de performance?

Exact, et le marketing numérique est venu se greffer à tout ça par la suite, parce que c'est une composante vraiment importante de l'entrepreneuriat. Ça permet de concrétiser des idées et de les faire croître.

Et comment est arrivé Click & Mortar dans ton cheminement? Comment passe-t-on d'une entreprise de livraison de croissants à une firme numérique?

J'ai cumulé plusieurs petits projets de vente en ligne, que je n'appellerais pas nécessairement des entreprises parce que ça a été plutôt éphémère.

Ce qui a vraiment été le déclic pour Click, c'est quand je me suis assis dans un cours de commerce de détail en ligne au HEC à côté de Gabriel (Tassé). Il travaillait un site Shopify, pendant que je faisais des pubs sur Meta... on s'est regardés, et on a rapidement eu un coup de foudre (professionnel, entendons-nous). À ce moment-là, on était les deux seules personnes du cours qui étaient assez allumées pour aller jouer là-dedans.

Après une semaine, on s'était déjà associés de façon non officielle, et on a commencé à avoir des clients en même temps qu'on faisait nos cours. Cinq mois plus tard, on était rendus six personnes dans le condo de Gabriel à Saint-Michel pour travailler à temps plein là-dessus. Le plan d'affaires rédigé sur une napkin s'était concrétisé en vraie entreprise à part entière.

Évidemment, j'imagine que la vision que vous aviez pour Click & Mortar à l'époque, Gabriel et toi, n'était pas la même que celle que vous avez aujourd'hui, et qu'elle a beaucoup évolué avec le temps. Quelle était votre vision au départ, et en quoi a-t-elle changé depuis la fusion entre Click et Tink?

Au début, on était deux jeunes qui n'avaient jamais vendu de services de leur vie, qui voulaient se challenger mutuellement à vendre une expertise acquise en regardant des vidéos sur YouTube. On avait une vision plus court terme et « simpliste » de vouloir vendre ça à des personnes de notre entourage qui avaient des entreprises.

De fil en aiguille, quand on a vu que ça marchait avec les petites PME dans notre cercle, on s'est dit « pourquoi ne pas élargir ça en travaillant avec des fleurons québécois? » Cette vision-là est devenue le nord sur notre boussole, en quelque sorte. On voulait se rendre au top de notre industrie locale et accompagner des entreprises majeures de notre économie dans toutes les questions liées à l'acquisition de clients via leurs différents canaux numériques. Ça a pris plusieurs années pour se rendre là, et comme on est des gens parfois impatients, ça a été plus long que ce qu'on aurait voulu, mais on a quand même beaucoup progressé. Après quatre ou cinq ans, on travaillait avec des organisations comme Sobeys, Raymond Chabot et le Fonds de solidarité FTQ — vraiment de belles entreprises qui nous ont fait réaliser qu'on était sur la bonne voie.

La fusion avec Tink marque la continuité de cette vision, parce qu'on arrive dans une entreprise plus établie, mais qui travaille avec le même type de clientèle, et qui partage aussi cette volonté d'avoir un réel impact numérique dans notre petit monde québécois et canadien. Pour nous, comme pour Tink, c'est toujours la qualité qui prime : la qualité des processus, des gens de ton équipe, etc. Ça a toujours été ça notre approche; on ne s'est jamais vus comme une usine à saucisses qui veut avoir 500 client(e)s en même temps, et je pense qu'on retrouve ce même ADN-là chez Tink aussi.

Donc c'est un peu ça qui vous a convaincu, Gabriel et toi, que le rapprochement avec Tink était la bonne chose à faire pour la suite?

C'est sûr que c'a été une des variables, mais il y en a eu d'autres aussi, notamment celle de la transition IA que notre domaine est en train de vivre en ce moment. Pour nous, ça tombait sous le sens de s'entourer de davantage de talents techniques et d'équipes en développement pour concrétiser la vision qu'on avait au niveau de l'IA en marketing. Et Tink avait l'expertise nécessaire pour nous amener à ce niveau-là. On a bâti une super belle entreprise d'une cinquantaine de personnes, avec de super beaux clients, et on a vu dans la fusion avec Tink une façon d'augmenter encore plus notre leadership.

Il y a aussi le volet « repreneuriat » qui est très intéressant pour de jeunes entrepreneurs comme nous. Après avoir fait notre marque de notre côté, on avait une opportunité d'aller jouer dans un plus gros bac à sable, de piloter un plus gros bateau et potentiellement, d'avoir un plus gros impact. La fusion avec Tink, c'est une façon pour nous de faire un saut en avant de plusieurs années dans notre plan de développement.

Justement, qu'est-ce que vous pouvez maintenant apporter de plus à vos équipes ou à vos client(e)s de longue date depuis cette fusion-là?

Pour nos équipes, ça vient d'abord et avant tout ajouter un nouveau portfolio de client(e)s qui sont en cohérence avec notre vision et nos façons de faire. De travailler avec des entreprises comme Desjardins, par exemple, amène sur la table toutes sortes de nouveaux projets de marketing numérique qu'on est en mesure de livrer à l'aide de nos processus préexistants. On réunit maintenant tous les métiers du numérique sous un même toit, ce qui amène une synergie super intéressante pour nos différentes bases de clientèles. On peut travailler en complémentarité avec la gang de Tink pour auditer, implanter et exécuter : toutes les étapes d'un projet numérique sont couvertes, et ça amène un gros plus pour tout le monde.

Effectivement! Et depuis la fusion, comment décrirais-tu une journée typique dans ton rôle de vice-président marketing de performance et science des données? Qu'est-ce qui te passionne le plus dans ce rôle-là?

Ce qui me motive, c'est de créer le meilleur match possible au niveau de l'équipe, de l'attitude, du désir d'apprendre et de la passion pour notre domaine. J'essaie aussi de nourrir ces talents-là avec les projets les plus intéressants possibles. Donc, mon rôle est autant de mobiliser l'équipe en place, que de recruter les bonnes personnes et de faire de la vente pour leur apporter des projets emballants, à la hauteur de leurs ambitions.

Au-delà des services, on vend une équipe d'abord et avant tout, et quand tu sais que cette équipe a le couteau entre les dents, la vente se fait plus facilement.

Est-ce que tu dirais que ton type de leadership s'inscrit un peu dans la même veine? Comment décrirais-tu ton style de gestion?

Je prône beaucoup le MBA (Management By Absence), en ce sens que je suis beaucoup axé sur la confiance, et que j'aime mieux que tu prennes des décisions — quitte à ce que ce soit les mauvaises — qu'à adopter le statu quo. Évidemment, je demeure disponible pour accompagner, donner des conseils, répondre à des questions ou brainstormer sur certaines idées, mais au final, ce que je veux, c'est créer des équipes d'intrapreneurs et d'intrapreneuses qui sont capables d'avancer de façon autonome. La microgestion, très peu pour moi !

Dans un autre ordre d'idées, quels sont, selon toi, les principaux défis qui reviennent le plus au sein des organisations que vous accompagnez au quotidien?

S'adapter au rythme de changement de l'industrie, qui va souvent bien trop vite. Il y a beaucoup de FOMO (Fear of Missing Out) dans le monde du marketing numérique, et c'est encore plus vrai dans les dernières années.

Nos client(e)s se demandent s'ils sont sur les bons canaux, s'ils exploitent toutes les nouveautés possibles, ou s'ils font preuve d'assez d'innovation dans leur marketing. Ce genre de questionnement, bien que tout à fait normal, peut générer beaucoup de « bruit » ou de « distraction ». Nous, notre job, c'est de couper ce bruit-là et de se concentrer strictement sur ce qui apporte une réelle valeur ajoutée. Parce qu'on ne peut évidemment pas miser sur toutes les opportunités en même temps.

Le monde du numérique a beaucoup évolué depuis que tu as lancé Click & Mortar avec Gabriel, il y a 10 ans. Qu'est-ce qui a le plus changé dans cette industrie?

Le principal changement que je pourrais noter, c'est qu'avant, on était beaucoup dans le micro-ciblage, ou le laser targeting en anglais. Une entreprise comme Couche-Tard, par exemple, allait cibler les fans de sport dans un rayon de 500 mètres autour d'elle pour leur rappeler d'aller chercher leur caisse de bière et leur sac de chips les soirs de matchs de hockey.

Maintenant, les algorithmes des plateformes comme Meta sont rendus tellement bons pour identifier les clientèles potentielles d'une entreprise, que tu n'as presque plus aucun critère humain à venir implanter dans les plateformes. Ça vient vraiment changer la donne, parce qu'on laisse la machine faire le plus gros du travail, et c'était vrai même avant l'arrivée de l'IA générative. Après tout, le ciblage de Meta, ou les moteurs de recherche comme Google, c'est déjà de l'IA en soi.

Au final, comme je mentionnais plus tôt, il faut départager le bruit des véritables opportunités marketing et exercer son esprit critique pour déterminer si les investissements dans telle ou telle plateforme en ont valu la peine et faire les ajustements qui s'imposent.

Tu le dis toi-même, ça fait longtemps que l'IA est dans le décor, mais la montée en flèche de l'IA générative vient quand même changer beaucoup de choses. Comment ça vient transformer concrètement ton métier, et quelles sont les opportunités que les organisations doivent saisir maintenant par rapport à ça?

Je dirais que l'IA générative apporte des transformations sur deux grands volets.

  1. D'abord, elle nous donne des opportunités d'optimiser et accélérer nos processus de travail, sans oublier bien sûr le facteur humain à travers tout ça pour nous assurer de rester uniques et pertinents.
  2. Ensuite, elle influence directement les décisions et les comportements d'achat des internautes, qui l'utilisent de plus en plus pour faire des recherches et obtenir des conseils. Ça vient ouvrir plein de nouveaux canaux de communication et de distribution de l'information sur lesquels les entreprises doivent être référencées et présentes.

Au final, ça crée énormément d'opportunités dans notre offre de service, mais aussi, encore une fois, beaucoup de FOMO. Il devient important, plus que jamais, de choisir ses batailles.

On parlait du marketing numérique il y a 10 ans; maintenant, comment vois-tu l'évolution du marketing numérique dans 10 ans (en 2036)?

Ma réponse va peut-être mal vieillir, mais tant pis, je me mouille : je pense que les achats en ligne peu émotifs, impliquant des montants peu élevés, seront massivement confiés à des agents IA qui magasineront à notre place. À l'inverse, les achats considérés comme plus importants garderont une dimension très humaine, hédoniste et expérientielle, plus axée sur le storytelling. On assistera donc à une dichotomie entre le marketing fait pour des agents IA et l'autre fait pour les êtres humains.

Aussi, dans 10 ans, j'ose espérer que la Stratégie nationale en matière d'intelligence artificielle du Canada mise en place par le gouvernement fédéral aura été solidement implantée, et que nous aurons bâti une IA souveraine qui nous aura permis d'intégrer ces technologies dans nos fleurons. Je pense que ça va créer un très beau terrain de jeu pour Tink au cours des prochaines années, et ça me motive beaucoup pour la suite.

Sinon, sur une note plus personnelle, y a-t-il des cordes que tu souhaiterais ajouter à ton arc professionnel au cours des prochaines années? Vois-tu des opportunités d'évoluer dans ta carrière depuis cette fusion entre Click et Tink?

Sans tomber dans une rencontre avec le psychologue, j'aime évoluer dans un environnement où les ambitions sont très grosses, voire démesurées. Et la fusion avec Tink a justement décuplé les moyens dont je dispose, autant au point de vue humain, financier ou professionnel. Ça me permet de voir encore plus grand et de décupler mes ambitions.

Il y a, à mon avis, un problème au Canada dans la commercialisation de ces innovations : nos programmes universitaires et nos équipes de recherche sont parmi les meilleurs au monde, et pourtant, ça ne se reflète pas dans nos start-up et nos entreprises. Je veux mettre mon énergie et mon cerveau marketing à profit pour qu'on soit une force positive à ce niveau-là.

Pour conclure, quel serait le meilleur conseil que tu pourrais donner à quelqu'un qui veut évoluer dans le domaine du marketing de performance et des sciences de données?

Avant de vouloir ratisser trop large, commencez par vous spécialiser dans une niche, et maîtrisez-la. N'ayez pas peur de lancer des projets personnels pour tester les expertises que vous développez, parce qu'il n'y a rien de mieux que mettre sa propre carte de crédit dans une plateforme publicitaire pour vouloir rentabiliser chaque dollar investi.

Et surtout, gardez bien en tête que ce n'est pas parce que vous êtes jeune que vous ne pouvez pas être crédible. Misez sur ce qui vous rend unique sur le marché, et n'ayez pas peur de sortir des sentiers battus pour vous distinguer; c'est comme ça que vous allez vraiment vous valoriser.